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Identités et histoire rècente

entre Bucarest et Rome

 

Alexandru Barnea,

Université de Bucarest

 

Pendant la deuxième guerre mondiale du XXe siècle, c’était en 1941, il revenait aux plusieurs jeunes membres de l’élite intélectuelle roumaine l’idée de faire rappeler à la société de l’époque le rôle de l’École Roumaine de Rome à une vingtaine d’années de sa fondation. Ce segment de l’élite était organisé, dans une Roumanie qui continuait d’être libérale, sous le nom de “l’Association Vasile Pârvan des Anciens Membres de l’École Roumaine de Rome” (AFMSRR). Cette association disparaîtra quelques années plus tard ensemble avec tout ce qu’on appèle, dans nos jours, “société civile” dans la Roumanie devenue communiste, en tombant dans un oubli inconcevable dans une société normale. En revenant à l’anniversaire de 1941, l’Association était vraiment fière de ce que, dans un terme si court, avait réalisé l’Écolé pour son pays dans les domaines des sciences humaines et des arts. C’était dans cette idée qu’on avait décidé la préparation d’une série de quelques conférences publiques, soutenues au printemps de l’année à la Radio. Cette série a été reprise l’anée suivante dans une brochure moins connue et presque disparue, portant l’en-tête et l’emblème de l’Association et le titre en roumain “Douãzeci de ani de activitate a ªcolii Române din Roma. Cinci conferinþe la Radio de Alexandru Marcu, Radu Vulpe, D. M. Pippidi, Mihail Berza, Horia Teodoru” [= Vingt années d’activité de l’École Roumaine de Rome. Cinq conférences à la Radio par […]; 48 p., sans an et lieu de parution]. Son contenu, très intéressant pour l’état et la position de l’élite de la culture roumaine dans son propre pays et par comparaison aux autres, fait l’objet de notre commentaire, en suivant l’ordre du petit recueil imprimé le plus tard  en 1942 a Bucarest. Quelques chiffres et brèves données vont replacer dans l’histoire les auteurs des conférences de jadis qui, à l’époque, étaient agés seulement entre 34 et 47 ans.

 

Alexandru Marcu (1894-1955), bien connu jusqu’à présent comme un italiéniste éminent et créateur d’école de spécialite, était à l’époque professeur à l’Université de Bucarest, et en 1941 ministre soussecrétaire d’état dans le Ministère de la Propagande Nationale. C’est peut-être que dans cette dernière qualité aussi lui revenait l’ouverture de la série des conférences, mais sa présentation générale sur “L’École Roumaine de Rome” fut plutôt professionnelle. Auprès des “écoles” des français, allemands, anglais, espagnols, americains, belges, hollandais, disait le professeur Marcu, “tous les États de Culture déja affirmée ou en train d’en devenir disposent d’un Institut similaire à Rome, dans l’esprit de leur propre progrès, mais aussi à la suite des extraordinaires moyens de travail offerts à la recherche par les monuments, musées, bibliothèques, universités et académies diverses.” Il y avait à Rome à l’époque, en suivant le discours du professeur Al. Marcu, 21 institutions étrangères de formation supérieure et de recherche, parmi lesquelles se trouvait, dès 1921, l’École Roumaine de Rome. Dans quelques lignes qui s’en suivent, l’auteur explique l’histoire de la fondation de l’École Roumaine de Rome, dûe à la “bonne entente des gouvernements italien et roumain, aidés par le conseil et le prestige de plusieurs hommes de culture de la sorte de Ion Bianu, Duiliu Zamfirescu, Nicolae Iorga et Vasile Pârvan, dont les derniers deux furent destinés à porter, l’un à Paris, l’autre à Rome, la gloire de la création scientifique roumaine en tant que directeurs des institutions jumelles”. Mais, au dela des initiatives et démarches des hommes politiques et des savants plus haut évoqués pour la

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fondation de l’École Roumaine de Rome, ce discours-ouverture pour les quatre actes qui s’ensuivent dans une composition vraiment classique contient une affirmation-document que l’histoire doit retenir: “[…] la forte émotion de sa rencontre” – c’est à dire du jeune, à l’époque,  Al. Marcu – “avec Vasile Pârvan à Rome, quand, seuls nous, avec le professeur et l’archéologue Giuseppe Lugli, le bon ami depuis toujours de l’École, nous nous sommes donnés la peine et nous avons réussi d’offrir un commencement à cette noble pensée, aujourd’hui devenue notre institution d’orgueil national à l’étranger”[1]. Par la suite, il faut noter que, dans la présence d’un des premiers membres de la future École Roumaine de Rome, ceux qui, au moins théoriquement, fondaient la nouvelle institution et ses principes, étaient deux grands savants de l’antiquité classique du commencement du XXe s.,  Vasile Pârvan de Bucarest et Giuseppe Lugli de Rome.

L’idée, une fois la décision prise, la co-tutèle du Ministère de l’Instruction Publique et de l’Académie Roumaine et le support de la Banque Nationale eurent comme résultat le grand edifice de Villa Boghese, Accademia di Romania, dû à l’architecte Petre Antonescu et, dans ce cadre, la construction de la personnalité de la nouvelle institution. En reprenant quelques mots du discours de Al. Marcu,  il faut rappeler les séries de jeunes savants et artistes roumains qui, pendant cette vingtaine d’années, ont laissé des traces fort visibles de leur passage par l’École Roumaine de Rome, en archéologie, philologie, littérature, histoire, critique d’art, architecture, sculpture, peinture. Il s’agissait d’expositions organisées en Roumanie ou à Rome et des annuaires de l’École dont Al. Marcu et ses collègues étaient à juste titre fiers: Ephemeris Dacoromana et Diplomatarium Italicum, volumes très bien reçus par les milieux savants de l’époque et situés parmi les mieux connus des publications roumaines à l’étranger. En même temps, la bibliothèque de l’École était, en suivant l’affirmation du même Al. Marcu qui en apportait son éloge au professeur Emil Panaitescu (ancien directeur de l’École), une des plus complètes pour la culture roumaine de l’étranger à l’époque, ce qui n’est plus le cas à présent, en 2002.

Avant de finir son discours a la Radio, Al. Marcu disait: “[…] l’institution académique  [n.n. l’École Roumaine de Rome] que ses faits et son passé de vingt ans la présentent tellement élogieux, est destinée d’assurer à l’intellectualité roumaine et à notre vie universitaire des personnalités formées dans ce milieu de suprème facture. En même temps, par la même institution, le prestige de la Roumanie est très bien servi dans le concert de spiritualité étrangere dont elle fait partie, auprès des autres se trouvant à Rome”[2]. Voila, par la suite, de quelle intelligente manière voyait le professeur Alexandru Marcu, ancien doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Bucarest, la propagande de son pays en tant que ministre. Un exemple de trop longtemps non plus suivi dans l’histoire récente de la politique roumaine jusqu’à nos jours.

                                               

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Les conférences reproduites après celle introductive du professeur Marcu suivaient, à ce qu’il parait, l’ordre de leur allocution à la Radio, qui, à son tour, ne parait pas du tout aléatoire. En commençant avec Al. Marcu (v. plus haut), les héritiers de Vasile Pârvan, d’une façon ou de l’autre ses élèves aussi, concevaient une sorte d’ordre des

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priorités suivies par les programmes de l’École, plutôt par rapport aux institutions similaires de Rome (française, allemande, americaine etc.). C’était dans cette idée que les quatre conférences suivantes traitaient les résultats obtenus par les membres de l’École dans l’archéologie (Radu Vulpe), l’histoire antique et philologie classique (D. M. Pippidi), l’histoire des roumains (Mihail Berza) et l’histoire des arts (Horia Teodoru).

                                                         

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Radu Vulpe (1899-1982) était à l’époque professeur à l’Université de Iaºi et son discours s’arrêtait aux études d’archéologie classique et de préhistoire. En commençant sa conférence, il expliquait (v. plus haut) “le caractère archéologique par excellence de l’École Roumaine de Rome”, parmi autres “par les conditions générales mêmes qui ont mené à la création de cette institution”[3]. Ce fut donc, disait-il, une vraie chance que son premier directeur soit Vasile Pârvan, personnalité remarquable de l’archéologie et de l’histoire ancienne du commencement du XXe s. Il a réussi dans les premières cinq années de l’École et, en même temps, les dernières de sa vie trop courte (1882-1927), ensemble avec ses très jeunes collaborateurs les plus proches (Al. Marcu, G. G. Mateescu, Paul Nicorescu et Emil Panaitescu), d’établir le programme et le rythme de la formation et des publications, dans les annuaires plus haut nommés, des résultats  des recherches dûes aux membres de l’École dont les plus haut nommés faisaient partie de la première série. Au moment de l’évocation radiophonique, la série Ephemeris Dacoromana (plus bas ED) se trouvait a son IXe volume. Pour mieux comprendre ce qu’il s’est passé après la guerre, on va rappeler que le dernier jusqu’à présent (avril 2002), le XIe, est paru en 2000 (!). Mais, jusqu’à cette si triste histoire, il faut  rappeler ce que R. Vulpe évoquait pour ses auditeurs à propos de la tellement utile à l’École aide des savants italiens, en commençant avec le grand archéologue Giuseppe Lugli, plusieures années conseiller de l’École, auquel s’ajoutaient au moins six autres illustres archéologues italiens[4], sans oublier plusieurs autres spécialistes des institutions étrangères de Rome. Les résultats furent très vite visibles dans plusieures directions de recherche: G. G. Mateescu (mort à 33 ans) sur les Thraces dans les inscriptions de Rome[5] et sur leurs noms dans les territoires scytho-sarmatiques[6], Paul Nicorescu (plus tard avec de très importantes recherches archéologiques à Argamum et à Tropaeum Traiani), avec sa remarquable étude sur le tombeau des Scipions[7] et les résultats de ses recherches de Tyras[8], E. Panaitescu, avec Le portrait de Décébale[9] et avec une étude topographique sur la ville de Fidenae[10], plus tard Constantin Daicoviciu avec une monographie de la cité de Castrimoenium de Latium[11], Grigore Florescu, sur Aricia[12] et sur les monuments funéraires de la Dacie Supérieure[13]. Cette série devenait de plus en plus riche et continuait en reprenant l’expérience romaine et italique dans les territoires liés a l’histoire roumaine, dans

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un système dont le progrès méthodologique était visible d’un volume à l’autre de la série de l’ED. En suivant le texte de Radu Vulpe, on va ajouter sans doute les noms de Ecaterina Dunãreanu-Vulpe, Vladimir Dumitrescu, Hortensia Dumitrescu, Gheorghe ªtefan, Grigore Avakian, Dumitru Tudor, Alexandru Dobosi, Mihail Macrea, Emil Condurachi, tous présents dans les volumes suivants de l’ED, du IIIe au IXe avec des études qui restent jusqu’à présent dans la bibliographie de spécialité, de la préhistoire à l’époque du Bas-Empire romain y comprise. Le bilan vraiment monumental que Radu Vulpe notait dans sa conférence marquait aussi l’espoir dans la nouvelle série d’archéologues à peine arrivée à l’École sous la direction du professeur Scarlat Lambrino[14], épigraphiste éminent et archéologue, à l’époque directeur des fouilles à Histria (“Istros”). Dinu Adameºteanu et Ion Barnea se trouvaient parmi eux et ils étaient les seuls en vie en 2002 des derniers membres de l’École, avant sa derniere reprise de 1999-2000 sous la direction de feu Marian Papahagi qui, après tous ses efforts, recevait à peine décédé au commencement de 1999 la premiere série d’après la guerre des membres de l’École, après l’ainsi dite chute du communisme des pays de l’Europe de l’Est, la Roumanie y comprise.

 

D. M. Pippidi (1905-1993), maître de conférence la Faculté des Lettres de l’Université de Bucarest à la date de sa conférence à la Radio, suivait dans son discours les études d’histoire antique et de philologie classique réalisées par les membres de l’École. A vrai dire, elles étaient toujours liées plutôt à l’antiquité et à l’archéologie classique et paraissaient suivre aussi le projet publié plus tard par N. Iorga en 1933[15]. Il s’agissait de compléter l’information historique concernant les roumains dès la préhistoire à l’antiquité classique et pour les époques suivantes aussi. La première étape était en train d’être accomplie par les études plus haut évoquées de G. G. Mateescu, complétée plus tard pour les illiriens de l’Italie par Radu Vulpe[16] et pour les italiques de la Dalmatie par Constantin Daicoviciu[17], tous les deux ajoutant un progrès important à la méthodologie de l’interprétation des sources épigraphiques et littéraires antiques. D’autres études étaient dédiées par Octavian Floca aux cultes orientales de la province Dacia[18] et aux questions linguistiques, comme dans le cas de Ion I. Russu qui s’arrêtait sur la langue et l’ethnographie des anciens habitants de la Macédoine[19]. C’était d’ailleurs l’époque d’une formation de la plus haute qualité des philologues classiques roumains, devenus plus tard les meilleurs éditeurs des sources grecques et latines et de leur traduction pour les besoins historiographiques des roumains. Parmi eux, Haralamb Mihãescu commençait sa carriere avec une édition critique de la traduction latine de Dioscoride[20], la meilleure à l’époque après les dires de D. M. Pippidi[21], ªtefan Bezdechi publiait, en latin (sic!), une étude concernant la pensée de Jean Chrysostome envers la philosophie platonique[22] et, après un manuscrit de Vatican, 90 lettres de Niképhoros Grégoras[23]. Enfin, parmi les noms et les travaux évoquées de cette série, on va s’arrêter à la très belle étude de Nicolae Lascu, celui qui allait plus tard devenir, à Cluj et en Roumanie, le

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meilleur spécialiste dans l’oeuvre d’Ovide: Riflessi d’arte figurata nelle Metamorfosi di Ovidio[24] et, pour les commencements du Moyen Age italien, l’étude détaillée de Mihail Berza, Amalfi preducale (596-957)[25], très bien appréciée par les spécialistes italiens, en suivant les mots de Giovanni Praga cités par D. M. Pippidi[26]. Enfin, celui-ci avait rédigé, en tant que membre de l’École, une très appliquée étude du portrait dans l’historiographie latine, en suivant l’image de Tibere chez Tacite[27].

 

Mihail Berza (1907-1978) était à l’époque sousdirecteur de l’Institut d’Histoire Universelle “Nicolae Iorga” de Bucarest, fondé par le grand savant  dont le nom il portait après sa mort tragique de 1940. La conférence que M. Berza avait soutenue a la Radio portait le titre Études et documents concernant l’histoire des roumains et, dans cet esprit et en suivant le programme déja établi de l’École dès sa fondation, elle devait rapporter sur les investigations des boursiers de l’École dans les archives italiennes. C’était la série du Diplomatarium Italicum (plus bas DI) la publication qui, en commençant de 1925, devait couvrir cette si importante tâche de l’historiographie roumaine à l’époque, en complétant ce que ED avait commencé, mais, faute d’espace et vue la manière différente de faire publier les documents, ne pouvait plus abriter. Le résultat fut la publication de plus de 1500 documents dans DI, conforme aux notes de M. Berza[28]. Celui-ci suivait l’ordre chronologique dans son discours, mais, en résumant, on va reprendre quelques repères plus importants d’une série vraiment remarquable. Au commencement, c’était le plus haut nommé Alexandru Marcu, avec une investigation sur les informations concernant l’histoire roumaine identifiées dans les oeuvres italiens des XIVe et XVe s.[29]. Plus tard, Nicolae Grãmadã suivait la présence de la région de l’est de la Roumanie (un peu plus que l’ancienne province du Bas-Empire Scythia Minor) dans les cartes navales du Moyen Age[30] et Dimitrie Ciurea commenceait une très attentive recherche des documents latins des XIVe–XVIIIe s. qu’on pouvait identifier dans les pays roumains[31]. Ce commencement laissait ouverte toute possibilité de reprendre l’étude par la publication des fac-similés que M. Berza considérait très utils pour un album paléographique aussi[32]. Avant de passer à la masse des documents publiés avec leur étude dans DI, on doit noter ceux parus dans l’ED: Claudiu Isopescu ouvrait la publication d’une série de documents inédits concernant les relations externes du prince Michel le Brave[33] continuée dans DI[34], Virginia Sacerdoþeanu suivait les relations de Constantin Brâncoveanu avec l’eglise catholique[35], Teodor Onciulescu s’arrétait sur l’activité d’un grand ami des roumains du XIXe s. dans G. Vegezzi-Ruscalla e i Romeni[36] et Petre Iroaie ajoutait une recherche plutôt folklorique par Il canto

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popolare istroromeno[37]. La fin du XVIe s. et le commencement du suivant dans les pays roumains gagnaient d’autres nouvelles informations aussi, grâce aux recherches dans les archives italiennes de Nicolae Buta[38] et de Aurel Decei[39]. On y ajoute les rapports de l’éveque de Melfi pour les années 1610-1613 concernant les relations entre Vienne et les pays roumains et publiés par Ion Moga[40], les documents que Anton Mesrobeanu avait trouvés sur le rôle du prince Gaspar Graziani dans la guerre de 1621[41], l’histoire de l’eglise catholique de la Moldavie en commençant des années 1606-1620 (Virginia Sacerdoþeanu)[42], jusqu’au XVIIIe s. (G. Cãlinescu)[43] et au rapport de 1641 dû au vicaire Pietro Diodato sur la Moldavie (G. Vinulescu)[44]. Pour l’époque suivante, les recherches de Francisc Pall apportaient de nouvelles données sur les conflits entre deux des ordres catholiques présents dans la même région entre la moitié du XVII­e siècle et la deuxième moitié du suivant[45]. Cette direction d’étude sur les relations des principautés roumains avec le catholicisme fut, apres les dires de M. Berza, une des plus réussie des membres de l’École de Rome  ayant étudié des documents du Moyen Age. En nous rapprochant de l’époque moderne, le même auteur enregistrait, avant de finir sa conférence, la contribution de Dimitrie Gãzdaru concernant le mouvement  de 1821 de Tudor Vladimirescu (nommé rivoluzione comme une inspiration pour au moins un des historiens roumains servant plus tard l’époque communiste) et en partant des notes prises sur place par un missionnaire catholique de l’époque[46].

 

Horia Teodoru (1894-1976), architecte et professeur à l’École des Beaux Arts de Bucarest, finissait la série des conférences avec un compte rendu sur les études de l’histoire des arts.  Il s’agissait des travaux des membres dans ce domaine de l’École, “caracterisés par une documentation sérieuse, complète et soumise à une critique minutieuse, par une disposition très méthodique du matériel scientifique, par une argumentation serrée et rigoureuse et par une exposition equilibrée, pondérée et sobre. On reconnait légèrement dans ces traits la discipline sévère que le premier directeur de l’École Roumaine de Rome, le savant historien Vasile Pârvan, eut le mérite de créer et d’imposer à ses éleves et successeurs, par ses conseils et par son exemple personnel, tradition de haute probité scientifique qui ne fait qu’honorer l’institution de culture représentant notre pays dans la Ville éterne”[47].

 Avant de passer aux contributions notées par H. Teodoru dans sa conférence, il faut remarquer, après avoir cité ses dires, l’importance théorique et de méthode que Vasile Pârvan accordait à la recherche historique et de l’histoire de l’art. Ces principes étaient suivis dès le commencement par tous les membres de l’École mais, dans cette série de discours, se trouvaient pour la première fois clairement expliqués (v. le fragment plus haut cité) par le même H. Teodoru, dont la profession différente le faisait plus attentif aux rigueurs spécifiques à la recherche historique.

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L’auteur de cette dernière conférence commenceait sa présentation avec les travaux de Alexandru Busuioceanu qui, en suivant son opinion, continuait la tradition méthodologique ouverte par Alexandru Odobescu, par ses deux études successives concernant les peintures du XIe s. de S. Urbano[48] et celles de Pietro Cavallini et, peut-être, de son école[49]. Dans le dernier cas, l’auteur formulait une interprétation nouvelle de l’oeuvre de Cavallini pour ce qui est de son rôle, auprs de Cimabue et de Giotto, en tant que fondateur de la peinture italienne et dans l’ainsi dite école romaine des XIIIe–XIVe s.[50] À la suite de ces études, Al. Busuioceanu était déjà une autorité reconnue à l’étranger quand, avec une étude sur Daniele da Volterra[51], ouvrait une série de présentations des maîtres italiens (autour d’une centaine de peintures) se trouvant dans les collections d’art que le roi Charles Ier de Roumanie avait laissées à son pays. C’était de cette manière que le jeune historien d’art avait lancé vers la connaissance internationale ces oeuvres si importants du patrimoine universel se trouvant en Roumanie grâce à son premier roi[52].

  Se trouvant dans une ligne de formation analogue à l’ancien membre plus haut nommé de l’École, Virgil Vãtãºianu était, quand H. Teodoru prononceait sa conférence évoquée dans ces lignes, secrétaire de l’École Roumaine de Rome et déjà l’auteur d’une très promettante étude sur la Dormitio Virginis dès son commencement dans l’image et dans son évolution iconographique[53]. Il allait plus tard pleinement confirmer cette promesse en tant qu’historien de l’art mediévale de Roumanie en laissant une vaste et très érudite bibliographie qu’on ne peut pas négliger.

Le même H. Teodoru mentionnait, pour les études d’architecture classique, les noms des architectes Ion Anton Popescu et Niculae Lupu. Le premier, encouragé dès le commencement par les connaissances sur l’histoire de Rome que V. Pârvan partageait à ses éleves, publiait, comme résultat de ses investigations sur place, une des meilleures études concernant les thermes attribuées à l’empereur Elagabal[54]. Le deuxième se faisait remarqué, parmi autres, par une très bien appréciée restitution de la Villa delle Sette Bassi  de la Via Latina[55], dont la maquette entrait à l’époque dans les collections de l’état italien[56]. L’auteur de la conference y citée était, lui meme, l’auteur de quelques études remarquant la formule constructive d’origine byzantine et son trajet jusqu’au sud de l’Italie[57]. Un autre architecte qui, après la deuxième guerre mondiale du XXe s., a construit en Roumanie une école de restauration des monuments historiques, était à l’époque ªtefan Balº qui, par ses études, demontrait la pénétration des formes byzantines de l’Asie Mineure par Crète[58].

L’architecte Grigore Ionescu, dont le nom reste pour toujours celui du meilleur spécialiste dans l’histoire de l’architecture dans la Roumanie du XXe s. et dans l’architecture de Bucarest, commenceait sa carriere par deux études italiennes vraiment remarquables sur San Vitale de Ravenne et sur les eglises à trois coupoles d’Apulie[59].

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Un autre architecte, dont le rôle dans les oganismes de l’état roumain d’apres la deuxieme guerre impliqués dans la protection et la restauration des monuments fut très important, a été Richard Bordenache. Celui-ci commenceait sa carriere scientifique avec une étude sur les influences normandes à Venose[60]  et, plus tôt, dans un bulletin de spécialité italien, avec l’étude des influences byzantines près de Castro[61]. On y ajoutait d’autres travaux en train d’être utilisés pour des études futures et concernant premirement des relevés de quelques monuments de l’Italie. C’était, après les dires de H. Teodoru, le regard d’ensemble dû à Carlo Cecchelli  dans son étude de 1935 celui qui reprenait à juste titre le rôle des études roumaines d’architecture pour la présence byzantine dans l’architecture religieuse de l’Italie[62].

Le même auteur notait le rôle de l’École dans la formation de plusieurs jeunes artistes – sculpteurs et peintres – dont les noms, en suivant maintenant leur oeuvre et carrières,  restent pour toujours dans l’histoire de l’art roumain, a suivre: Mac Constantinescu, Celina Emilian, Cristea Grosu, Ion Popovici, Zoe Bãicoianu, Ion Lucian Murnu, Florea Stoica, Ana Tzigara-Berza, Nicolae Stoica, Eugen Drãguþescu (avec une belle et longue carrière romaine), Dumitru Berea. C’était encore une implication italienne de la culture roumaine s’ajoutant à sa tellement européenne présence de l’époque.

 

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Au lieu d’une conclusion, l’auteur de ces lignes croit qu’il faut rappeler l’importance exceptionnelle de l’École Roumaine de Rome pour la formation d’une élite savante et de culture dont le rôle formatif a été même plus fort que la dictature communiste, en laissant pour le siècle suivant pas seulement une bibliographie mais aussi de la méthode. Une seule reprise de la fonction normale de l’École (1999-2000) a donné des résultats remarquables dans la formation des boursiers (par exemple, une des premieres co-tutèles doctorales entre Bucarest et Paris) et, grâce aux efforts des mêmes boursiers roumains de l’Ecole, la parution d’un premier numero (l’XIe) de l’ED. Ajoutons, parmi autres, que le caractère par excellence archéologique de l’École après les dires du discours plus haut evoqué de Radu Vulpe était très bien compris en 1998 par feu Marian Papahagi, italiéniste remarquable et premier directeur de l’école apres la chute du communisme en recevant une série de boursiers (la première et la dernière jusqu’à présent, avril 2002).

Ce qu’on ne peut pas oublier est, avant de finir,  l’effet à longue terme de la politique formative instituée par V. Pârvan et par l’état roumain de l’époque. La formation à Rome des jeunes mieux qualifiés dans des sciences humaines et dans les arts a apporté très vite dans le pays une élite dont le rôle dans l’enseignement, dans la recherche et dans la culture a été celui de transmettre aux générations suivantes, en dépit des adversités prolongées plus d’un demi-siècle, la liaison avec le bon-sens et la normalité.

                            

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Bibliographie sélective

George Lãzãrescu, ªcoala românã din Roma, Bucureºti, 1996.   

Enciclopedia istoriografiei româneºti, Bucureºti, 1978.

Alexandru Barnea, Accademia di Romania, “22”, nr. 366, 25.II-3.III.1997, p.13.         

Corina Simon, Artã ºi identitate naþionalã în opera lui Virgil Vãtãºianu, Cluj, 2000.

 

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© ªerban Marin, August 2002, Bucharest, Romania

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[1] Douãzeci de ani de activitate a ªcolii Române din Roma. Cinci conferinþe la Radio de Alexandru Marcu, Radu Vulpe, D. M. Pippidi, Mihail Berza, Horia Teodoru [plus bas, Douãzeci de ani], sans an et lieu de parution: 8.

[2] Ibidem: 9.

[3] Ibidem: 13.

[4] Ibidem: 15.

[5] Ephemeris Dacoromana [plus bas, ED] 1 (1923): 57-290.

[6] Ibidem 2 (1924): 223-238.

[7] Ibidem 1 (1923): 1-56.

[8] Ibidem 2 (1924): 378-415.

[9] Ibidem 1 (1923): 387-413.

[10] Ibidem 2 (1924): 416-459.

[11] Ibidem 4 (1930): 29-71.

[12] Ibidem 3 (1925): 1-57.

[13] Ibidem 4 (1930): 72-148.

[14] Douãzeci de ani: 18.

[15] Ibidem: 20, n. 1.

[16] ED 3 (1925): 129-258.

[17] Ibidem 5 (1932): 57-122.

[18] Ibidem 6 (1935): 204-239.

[19] Ibidem 8 (1938): 105-232.

[20] Ibidem 8 (1938): 298-348.

[21] Douãzeci de ani: 24.

[22] ED 1 (1923): 291-337.

[23] Ibidem 2 (1924): 239-377.

[24] Ibidem 6 (1935): 368-441.

[25] Ibidem 8 (1938): 349-444.

[26] Douãzeci de ani: 26.

[27] ED 8 (1938): 233-297.

[28] Douãzeci de ani: 28.

[29] ED 1 (1923): 338-386.

[30] Ibidem 4 (1930): 212-256.

[31] Ibidem 9 (1940): 181-242.

[32] Douãzeci de ani: 30.

[33] ED 2 (1924): 460-500.

[34] Diplomatarium Italicum [plus bas, DI] 1 (1925): 378-505.

[35] ED 3 (1925): 110-128.

[36] Ibidem 9 (1940): 351-445.

[37] Ibidem 9 (1940): 243-349.

[38] DI 1 (1925): 259-377 et 2 (1930): 72-304.

[39] Ibidem 4 (1939): 1-74.

[40] Ibidem 3 (1934): 42-125.

[41] Ibidem 1 (1925): 126-239.

[42] Ibidem 2 (1930): 1-71.

[43] Ibidem 1 (1925): 1-223 et 2 (1930): 305-514.

[44] Ibidem 4 (1939): 75-135.

[45] Ibidem 4 (1939): 136-357.

[46] Ibidem 3 (1934): 240-273.

[47] Douãzeci de ani: 37.

[48] ED 2 (1924): 1-65.

[49] Ibidem 3 (1925): 259-466.

[50] Douãzeci de ani: 38.

[51] ED 5 (1932): 1-21.

[52] Douãzeci de ani: 39.

[53] ED 6 (1935): 1-49.

[54] Ibidem 4 (1930): 1-28.

[55] Ibidem 7 (1937): 117-188.

[56] Douãzeci de ani: 40.

[57] ED 4 (1930): 149-180 et 5 (1932): 22-34.

[58] Ibidem 5 (1932): 35-56.

[59] Felix Ravenna, 1 (1934): 37-57 et ED 6 (1935): 50-128.

[60] ED 7 (1937): 1-76.

[61] Douãzeci de ani: 41.

[62] Ibidem: 42, n. 1.