Emmanuel
J'ai pris conscience de ma bisexualité en plusieurs étapes. Voici mon parcours.

le temps des premières amours

Mon premier amour s'appelait Brigitte. J'avais dix ans, elle en avait onze. Notre relation fut très chaste et se limitait à nous tenir par la main en allant à l'école. Et mon deuxième amour s'appelait... François ! J'avais quatorze ans, lui treize. Et à l'époque, je n'avais absolument pas conscience de l'ambiguité de nos relations.

des gamineries pas si innocentes que ça

François et moi avions l'habitude de nous retrouver, dans sa chambre ou dans la mienne, pour nous embrasser sur la bouche. Mais j'étais persuadé que c'était pour juste nous entraîner, pour acquérir de l'expérience avant de le faire « pour de vrai » avec les filles. Et je crois que François aussi le pensait. J'étais vraiment naïf: j'étais dégoûté à l'idée boire dans le même verre d'une autre personne mais je ne me posais pas de question quand François fourrait sa langue dans ma bouche pour des baisers bien baveux. Et cela nous semblait naturel que ces baisers « d'amoureux » nous procurent des érections si fortes que nous finissions par nous masturber. Quant à moi personnellement, je sais qu'à l'époque, je ne m'étais jamais interrogé sur le fait que, lors de nos « séances d'entraînement », j'aimais être nu près de François et j'aimais le voir nu, j'aimais sentir son corps contre le mien, j'aimais ses mains sur mes fesses, j'aimais le contact de son sexe en érection contre mon ventre quand, enlacés, nous nous frottions l'un contre l'autre jusqu'à éjaculation...

En fait, pour nous, ce n'était qu'un jeu de rôle où chacun imaginait que l'autre était une fille. On déterminait à l'avance qui faisait le garçon et qui faisait la fille, et dans notre schéma de pensée de l'époque, le garçon prenait les initiatives et la fille se laissait faire ! Nos « ébats » se limitaient aux baisers, caresses et masturbations mutuelles (pas de fellation, encore moins de sodomie). Et autant que je m'en souvienne, les deux seuls « extra » sexuels auxquels nous nous livrions étaient, soit de se mettre un doigt dans l'anus et de le faire sentir et sucer à l'autre, soit (quand nous pouvions jouer seuls en extérieur) de se mettre à 4 pattes, fesses écartées, le deuxième devant viser l'anus du premier en pissant. Et nos petites expériences initiatiques ont cessé avec l'arrivée dans nos vies de nos premières petites copines. Mais elles m'ont été très utiles: la première fille que j'ai embrassée n'a jamais su que pour moi aussi c'était la première fois.

Découverte de l'homosexualité

A 27ans, un peu déboussolé à la suite d'une rupture malheureuse avec ma copine d'alors, j'ai accepté les avances d'un homme, Pieter, qui m'avait dragué au cours d'une soirée chez Anne et Julien, des amis. Il avait une cinquantaine d'années, était très érudit (prof de fac) et m'avait clairement fait comprendre (regards insistants, clins d'yeux, effleurements discrets des doigts, mains furtives sur mes cuisses sous la table..) qu'il aimait les garçons en général et moi en particulier. C'était la première fois qu'un homme m'avouait être homo, et quelque part je trouvais cela « gonflé », ce qui le rendait encore plus sympathique à mes yeux. Longtemps après, je me suis demandé pourquoi j'ai accepté d'aller chez lui à la fin de la soirée. Je pense que je l'ai fait par curiosité, par peur de passer pour un « plouc » face à ce mec que je trouvais fascinant, parce que je n'avais pas envie de me retrouver seul après la soirée, parce que ça m'amusait de plaire à un homo... Peut-être aussi par manque de relations sexuelles, par envie de me venger de filles après ma rupture, par envie de transgresser un tabou, et sans doute parce que j'avais un peu bu !

Chez lui, Pieter, avec beaucoup de tendresse (et aussi d'alcool !), réussit à me mettre à l'aise, à me désinhiber, à m'amener à me laisser aller. Quand il attira mon visage contre le sien, je n'eus aucun dégoût à entrouvrir les lèvres pour laisser passer sa langue et répondre à son baiser. Quand il s'attaqua aux boutons de mon jean, je n'eus aucune honte à me laisser déshabiller et à me retrouver nu devant lui, acceptant de me laisser toucher, ne cherchant même pas à dissimuler mon érection et montrer ainsi que j'appréciais ses caresses. Quand il se mit intégralement nu lui aussi, je ne pus m'empêcher d'admirer son corps imberbe et musclé, sa queue fièrement dressée... Lorsqu'il prit ma main pour la poser sur son sexe, je ne pus m'empêcher de le caresser, d'apprécier sa virilité, la douceur de ses couilles épilées... Allongés sur le canapé, je ne pus m'empêcher de gémir de plaisir lorsque sa bouche se renferma sur mon sexe. Quand il commença à explorer mon anus, j'écartai les cuisses et cambrai les reins pour faciliter le passage de ses doigts... Excité, je jouis rapidement dans sa bouche et il lécha mon sperme tout en continuant à fouiller mon petit trou de ses doigts. Evidemment, pour l'avoir souvent fait auparavant avec les filles, je n'étais pas dupe de la manoeuvre: il me préparait à la pénétration. Et pourtant, je le laissai faire ! D'autant plus que ce n'était pas désagréable: Pieter savait masser un anus. Puis il me fit allonger sur dos, glissa un coussin sous mes fesses et écarta fermement mes cuisses, jambes repliées et genoux collés au torse. Lorsque je le vis enfiler un préservatif, je sus que « Le Moment » (avec un grand L et un grand M) était venu, et pourtant, au lieu de dire « non ! » ou de partir en courant, je restais là à lui sourire, à lui présenter (et donc offrir) mon petit trou du cul encore vierge et à attendre que « ça » se fasse ! Pis, je lui facilitai même la tâche en répondant à sa demande d'écarter moi-même mes fesses ! Je sentis alors quelque chose de froid et visqueux dans ma raie (je sus plus tard que c'était un gel lubrifiant) et Pieter me dit de me détendre, tout en me maintenant fermement les cuisses écartées et en titillant mon anus avec son sexe. A la fois avec douceur et fermeté, il commença à donner de petits coups de reins légers et je sentais ma rosette s'ouvrir pour laisser passer le bout de sa queue. Il jouait avec mon cul, faisant lentement entrer et sortir son gland de mon anus et à chaque nouveau coup de butoir, ma petite porte s'ouvrait un peu plus, permettant ainsi à sa queue d'entrer à chaque fois un peu plus profondément en moi. Soudain, il donna un coup de rein plus violent que les précédents et je ressentis comme une brûlure: son sexe était complètement entré en moi. Alea jacta est : j'étais enculé ! Il commença à aller et venir, d'abord lentement puis de plus en plus rapidement et la douleur fit place à une sensation très agréable. Je découvrais le plaisir de me faire sodomiser et je trouvais ça bon. J'aimais cette impression de me se sentir possédé, j'aimais cette queue à la fois dure et douce qui me remplissait les fesses, j'aimais ces va-et-vient virils qui me faisaient du bien. Après avoir joui, Pieter vint s'allonger près de moi, s'inquiétant tendrement de savoir si j'avais eu mal, si j'avais aimé, me félicitant pour ma sensualité, pour mon ouverture d'esprit, pour avoir osé faire ce que de nombreux hommes refusent... Et nous nous sommes à nouveau embrassés et caressés. Il me demanda de le sucer (ma première fellation), de le branler, de l'exciter et j'étais fier de sentir son sexe se raidir sous la caresse de ma langue et mes mains. J'étais fier de le faire bander et toute nouvelle érection était suivie d'une nouvelle pénétration. Pieter était très endurant et au cours de la nuit, il me baisa plusieurs fois et dans plusieurs positions: allongé sur le dos, en levrette, assis sur ses cuisses et empalé sur son sexe...

Une « vraie » liaison homosexuelle

Allemand, Pieter était à Paris pour un mois, et pendant son séjour, j'ai eu avec lui une véritable liaison homosexuelle et je « suis sorti » avec lui, comme on dit. Sans complexes et sans interrogations particulières sur le fait que j'étais avec un homme. J'étais bien et j'étais heureux. Il me donnait du plaisir, à la fois physiquement et surtout psychiquement car il m'avait redonné confiance en moi après ma rupture. Il était mon amant et me fit connaître de nombreuses situations et expériences nouvelles, à commencer par l'acceptation du couple homme-homme, dans lequel j'étais la femme: il me présentait à ses amis comme « sa petite fiancée parisienne » et non seulement je trouvais ça normal (il était exclusivement actif), mais en plus j'en éprouvais une certaine fierté. Ensuite il me fit découvrir l'exhibitionnisme. Ainsi, au sauna, plutôt que nous enfermer dans une cabine individuelle, il préférait les endroits « open » (sauna, hammam, cabine vitrée, salle de repos collective...) afin que les autres personnes présentes me voient en train de le sucer ou de me faire enculer. Idem pour les terrasses des bars gays du Marais où on se roulait des pelles en plein jour, au vu et au su de tous les gens qui passaient dans la rue. Et j'étais excité à l'idée de penser que quelqu'un pouvait me reconnaître dans une telle situation. Ne pas se cacher était une façon de me démontrer que ce que nous faisions n'était pas honteux. Pieter me fit également découvrir le nudisme sur une plage du nord de la France squattée par des homos, et c'est là que je fis l'amour en plein air pour la première fois. J'ai aussi été initié aux jeux de la soumission/Domination. D'ailleurs n'étais-je déjà pas soumis à « Maître Pieter » en allant au devant de tous ses désirs ? Le collier, les liens, les pinces à tétons, les fessées... n'ont fait « qu'officialiser » ma soumission à Maître puisque j'étais déjà sa « petite salope docile », comme il le disait affectueusement. Quant à recevoir sa « douche dorée », ce n'était, après tout, qu'un petit pas de plus par rapport à mes jeux de « pipi-anus » avec François ! Pieter me fit aussi découvrir et apprécier le port d'accessoires intimes (cock-ring, plug anal...) et de sous-vêtements sexy (jock-strap, mini-slips et strings transparents...) Enfin, c'est évidemment avec Pieter que j'ai participé à mes premières partouzes et baisé à plusieurs.

Le temps des interrogations et des doutes

C'est après le départ de Pieter que j'ai vraiment pris conscience de la situation et que j'ai commencé à m'interroger: étais-je devenu pédé ? J'avais honte d'avoir aimé un homme, j'avais honte d'avoir eu des rapports homosexuels, j'avais honte d'avoir aimé « faire la fille », j'avais honte d'avoir aimé me faire enculer, j'avais honte d'avoir aimé me montrer ouvertement dans ces endroits gays que désormais je fuyais. De plus, devant bien reconnaître que tout ce que j'avais fait avec Pieter était consciemment consenti, je me reprochais d'avoir accepté ses avances: je m'en voulais de lui avoir permis de m'avoir fait découvrir et aimer le sexe entre hommes

Et j'ai vécu environ six mois de doutes, de hantises, de questionnements... D'autant plus qu'un certain nombre de faits troublants me revenait en pleine figure. Par exemple, comment interpréter le fait que j'aimais surtout les filles qui ressemblent à des garçons (cheveux courts et très petits seins) ? comment expliquer que, quand nous faisions l'amour avec Pieter, ma position préférée était d'être allongé sur le dos, les jambes écartées, dans une pose bien... féminine ? comment ne pas nier le fait que dans nos jeux de rôles avec François, je préférais faire la fille ? comment expliquer le trouble ressenti quelques années plus tôt lorsque, pour des raisons médicales, j'ai dû m'adonner à une pratique en général réservée aux femmes: me raser les aisselles et les jambes ? comment expliquer que je cherchais à faire plaisir à Pieter (et pas uniquement sur le plan sexuel !) s'il n'y avait pas de ma part une grosse dose d'amour pour lui ? Non seulement j'avais visiblement une forte prédisposition à mettre en avant la facette féminine de ma personnalité, mais en plus j'étais capable de tomber amoureux d'un homme ! Bref, étais-je homosexuel dans le savoir ? Pourtant j'étais toujours attiré par les filles !

Et c'est uniquement quand j'ai recommencé à sortir avec une fille que tout alla mieux. Je me souviens d'avoir abordé mon premier nouveau rapport (hétéro)sexuel avec angoisse : étais-je encore « un vrai » homme ? Visiblement, je l'étais toujours ! Et j'aimais toujours les filles ! Je n'étais donc pas homo. Je décidai donc de mettre mon aventure sur le compte d'un petit coup de folie passagère, d'une expérience parmi d'autres...

Je tombe amoureux d'un garçon

Tout était donc redevenu normal. J'avais de nouveau uniquement des relations hétérosexuelles, je ne recherchais aucun contact avec les hommes, ni affectif, ni physique. Et même si j'avais aimé me faire enculer, il ne m'est jamais venu à l'esprit, à cette époque, de demander à mes copines de s'occuper de mes fesses avec leurs sex-toys. J'étais de nouveau un homme, point-barre !

Mais tout l'équilibre que j'avais reconstruit autour de moi s'écroula trois ans plus tard (j'avais alors 30 ans) avec l'arrivée de Farid, un jeune et beau tunisien. C'était un stagiaire de l'entreprise où je travaillais et je crois pouvoir dire que j'ai eu un coup de foudre pour ce garçon. Je ne pensais qu'à lui, j'avais envie de lui, de sa bouche, de son sexe, de ses fesses. Je voulais faire l'amour avec lui, lui donner du plaisir avec mon corps comme Pieter m'avait appris à faire, être sa petite fiancée. Pour faire court, j'étais tombé amoureux de Farid ! Mais il ne se passa rien entre nous et Farid resta un fantasme. Je n'ai pas eu le courage de lui faire comprendre que je l'aimais, même si par certains regards, j'avais l'impression qu'il attendait que je fasse le premier pas. Moi, j'attendais qu'il me fasse comprendre qu'il était prêt à répondre à mes avances, qu'il n'était pas contre une relation avec un homme. Pourquoi n'ai-je rien tenté ? Par timidité sûrement (je n'avais jamais dragué un garçon) mais aussi (et surtout) par peur de révéler mon homosexualité latente dans mon milieu professionnel. J'ai eu peur qu'il aille raconter partout dans la société que j'étais pédé...

J'aime les femmes « et » les hommes: donc je suis bisexuel

Cependant, mon amour pour Farid m'amené à analyser froidement la situation, à m'interroger sur moi-même, sur ma personnalité, sur ma sexualité, sur cette faculté à aimer sans distinction les filles aussi bien que les garçons, sur cette faculté à être à la fois hétéro et homo: je suis donc bisexuel.

Me reconnaître bisexuel m'a libéré de mes hontes passées, m'a donné la force d'oser avec d'autres garçons ce que je n'avais pas osé avec Farid. Et maintenant, quand un garçon me plaît, je prend le risque de le lui montrer. Me reconnaître bi m'a permis d'expliquer des faits troublants, comme mon goût pour les suçages d'orteils: lorsque j'avais lu dans « Union Magazine » que le fétichisme des pieds révélait un fort penchant homosexuel, cela m'avait plutôt amusé. Maintenant, quand je « fais une pipe » au gros orteil de ma copine, je me dis que c'est normal d'aimer ça puisque je suis à moitié homo. Me reconnaître bi a fait remonter à la surface d'autres souvenirs enfouis dans ma mémoire et qui aujourd'hui trouvent une explication rationnelle: par exemple, quand j'étais gamin, à la plage ou à la piscine, je me souviens que j'aimais regarder les maillots mouillés qui dessinent bien la fente des petites filles. Mais j'aimais tout autant regarder les maillots mouillés qui moulent bien les couilles et les zizis des petits garçons. Autre exemple: à 12 ans, en vacances à la campagne, lors d'une randonnée, un ami de mon âge, blessé à une main, m'avait demandé de l'aider à faire pipi. Je me souviens aujourd'hui du trouble que j'avais éprouvé en déboutonnant son short et en baissant son slip sur ses cuisses. Je me souviens aussi avoir baissé son slip bien plus bas qu'il ne fallait pour pouvoir mettre à nu ses fesses et les regarder. Son autre main étant valide, je me souviens avoir regretté de ne pouvoir tenir moi-même son sexe dans ma main pour le faire pisser. Et pour l'aider à se rhabiller, je me souviens de m'être mis exprès derrière lui pour pouvoir lui toucher les fesses en l'aidant à remonter son slip.

Me reconnaître bi m'a permis de trouver un équilibre à la fois psychique et physique. Et l'un ne va pas sans l'autre. Aujourd'hui, je sais que j'ai besoin de rapports affectifs et/ou sexuels à la fois avec les femmes ET avec les hommes, et seule l'acception de ma bisexualité me permet de refuser de choisir entre homme et femme et d'assumer ce non-choix sans états d'âme.

Sortir du placard ?

Accepter sa bisexualité, c'est bien pour soi ! Mais on ne vit pas seul et il y a les autres... J'ai toujours pensé qu'un coming-out doit apporter quelque chose, doit-être positif ! Si cela n'apporte rien, pourquoi prendre le risque de choquer inutilement ? En ce qui me concerne, je ne l'ai pas dit à mes parents parce que ça ne m'apporte rien qu'ils le sachent ou non ! Peut-être parce que j'ai découvert ma bisexualité à 30 ans et qu'à cet âge-là, on a déjà sa propre vie et on compte moins sur ses parents. Par contre, je l'ai dit à ma petite soeur, parce que nous sommes très proches l'un de l'autre, et parce que j'aurais eu, en le lui cachant, le sentiment de trahir notre complicité. Elle a été très compréhensive et m'a juste mis en garde contre les risques du Sida.

J'ai des amis qui le savent et d'autres qui l'ignorent. Anne (chez qui j'avais rencontré Pieter) fut a première à l'avoir su. En fait, elle l'avait deviné. Elle avait remarqué le petit jeu de Pieter à mon égard et, perspicacité féminine oblige, elle avait compris avant moi que j'allais céder à ses avances. Et quand, quelques mois plus tard, elle m'a demandé si j'avais couché avec Pieter, j'ai confirmé la chose etelle n'en a pas été surprise. Après ma soeur, ce fut donc la première personne à qui j'ai révélé ma bisexualité. Et pouvoir le dire, quelque part, ça soulage ! Sinon, j'agis au coup par coup, en fonction des personnes et de la confiance que j'ai en elles. Ainsi, j'ai une amie qui me demande souvent si je suis bi. A croire qu'elle a des doutes (les femmes sont décidément très perspicaces ! ). Par jeu, je n'infirme ni ne confirme, mais je sais qu'un jour je le lui dirai. Parce que je l'aime bien et j'ai confiance en elle.

Enfin, même si je ne suis pas du style « bonjour, je suis bi ! », je le dis très rapidement à mes partenaires, et tous le savent (ou l'ont su) dès le début de notre relation. J'estime que c'est une question de confiance mutuelle et d'honnêteté partagée. Il est normal que la fille avec qui on est sache qu'on aime aussi les garçons, de même qu'il est normal que le garçon avec qui on est sache qu'on aime aussi les filles. Et à ce sujet, j'ai constaté que les homosexuels confrontés à bisexualité de leurs proches, sont souvent plus intolérants que les héteros.

Le temps des remerciements

Je ne saurais jamais assez remercier les aléas de la vie de m'avoir révélé ce que je suis. Que serait-il passé si mon ex de l'époque ne m'avait pas quitté, ou si malgré cette rupture, j'avais rencontré une fille aussitôt ? Que serait-il passé si, étant déprimé, j'étais resté chez moi au lieu de me forcer à aller à la soirée d'Anne et de Julien ? Que se serait-il passé si je n'aimais pas le whisky qui m'a aidé à me déshiniber au point d'accepter de faire l'amour avec Pieter ? Que se serait-il passé si Farid, qui avait plusieurs offres de stages, avait choisi une autre société que la mienne ?

Aussi ne saurai-je jamais assez remercier Farid dont le bref passage dans ma vie [et dans mon coeur de petite fiancée amoureuse] m'a, sans qu'il le sache, amené à prendre conscience de ce que je suis vraiment.

Mais aujourd'hui, en écrivant ces lignes, c'est surtout à Pieter que je pense. J'avais cessé tout contact avec lui au cours de la période de doutes qui avait suivi son départ et je ne l'ai jamais revu. Mais aujourd'hui, je ne regrette rien, et avec le recul du temps, je ne saurais jamais assez le remercier d'avoir été mon Pygmalion, de m'avoir initié aux jeux de l'amour entre hommes, d'avoir su dire les mots qu'il fallait pour m'amener à accepter d'être sa petite fiancée, d'avoir été suffisamment tendre pour ne pas m'avoir fait mal et suffisamment viril pour m'avoir donné du plaisir avec sa queue, d'avoir été assez autoritaire pour m'amener à vaincre mes réticences dans l'acceptation de certaines pratiques. Je ne saurais assez remercier Pieter de m'avoir appris qu'on peut rester un homme - un vrai ! - tout en aimant se faire enculer. Je ne saurais jamais assez le remercier de m'avoir appris qu'on peut rester un homme - un vrai ! tout en acceptant par amour à se soumettre et obéir à la personne qu'on aime. Je ne saurais jamais assez le remercier de m'avoir appris que dans un amour partagé, il n'y a pas de tabous. Je ne saurais jamais assez le remercier de m'avoir appris à ne pas avoir honte d'aimer [aussi] les garçons, même si pour cela il a fallu du laisser du temps au temps. Je suis bisexuel, je baise avec des femmes, je baise avec des hommes et si maintenant je l'assume et le dis sans complexe, c'est parce que Pieter m'a montré la voie.

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