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DOSSIER : la traduction financière (Octobre 2001)

 

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Traducteurs financiers dans une société anglo-saxonne

Article de Anne Rosnoblet et Jean-Philippe Hemery, membre AAE -ESIT.

La traduction financière… Repaire des aigles brûlants d’ambition aux paupières lourdes à force de se coucher tard (et de se lever à l’aube) ? Sinécure royalement payée pimentée d’aller-retours Paris Londres (et vice-versa) ? Laissée pour compte dans l’univers impitoyable des salles des marchés peuplées de costumes trois pièces hagards et condescendants ? Hum hum… Existe-t-il vraiment LA traduction financière ? A vrai dire, je n’en sais rien, et celle dont nous allons vous parler a le mérite d’être tout simplement la nôtre (comme l’été indien, pour les aficionados).

Réveil donc, nous nous levons le matin, avec ou avant le soleil suivant la saison avant de rejoindre, qui à bicyclette (là, on entre dans l’atypique…) qui en métro, notre lieu de travail. Nous prenons nos bicyclettes pour arriver dans une salle des marchés de taille raisonnable (environ 200 personnes), déjà passablement peuplée. Noctambules, téléphages et autres insomniaques, il va falloir vous mettre à la verveine et revoir votre style de vie, sinon je gage qu’une bonne partie de votre salaire (brisons le tabou, les traducteurs financiers gagnent correctement leur vie) sera engloutie dans l’achat de substances plus ou moins licites. Evidemment, vous l’aurez compris, hors de question de palabrer sur ce que vous avez fait la veille au soir (de toute façon, on vous l’a dit et répété, vous menez une vie quasi monacale). A peine arrivés, il faut déjà se mettre à traduire. A peine le temps de faire craquer nos doigts et déjà nous traduisons, littéralement au kilomètre, des brèves destinées à notre publication du matin, qui doit impérativement partir avant neuf heures et demie. A l’heure dite, voire avec quelque retard, mais personne n’est parfait et mille mots – chacun – plus tard, soit nous sombrons dans une léthargie temporaire, bien pardonnable après cette utilisation à 150 % de nos capacités de concentration et de notre musculature digitale, soit nous nous lançons dans un autre type d’activité, au choix : organiser la traduction d’une étude, sous-traiter de gros travaux, relire des documents déjà traduits pour divers services de la salle, ou tout simplement traduire des textes destinés à notre publication du lendemain matin – qui seront alors complétés par les traductions de dernière minute, brèves évoquées plus haut, afin d’être les premiers à relater telle ou telle histoire. La journée se termine généralement entre six heures et six heures et demie, soit entre dix et onze heures après notre arrivée sur place. Là, tels des Lucky Luke s’éloignant dans le soleil couchant (selon la saison), nous prenons nos vélos pour rejoindre nos douillettes pénates.

Est-ce à dire que notre vie est intégralement dédiée au travail ? Je réponds non, quoique cela dépende des moments. Ce n’est pas que ce travail soit désagréable, loin de là : une ambiance en général détendue, avec une moyenne d’âge d’une trentaine d’années, beaucoup de choses à faire, des personnages intéressants (une étude de mœurs sur la salle des marchés vaudrait sans doute son Balzac…), un état d’esprit assez ouvert (nous travaillons avec beaucoup d’étrangers, sur place ou par téléphone). Bref, l’extase n’est pas loin ! Quand vous saurez que notre travail est reconnu et que nous ne sommes pas relégués au fond du couloir après les escaliers, à gauche puis à droite près des toilettes, vous comprendrez aisément qu’il y a pire ! Nous sommes heureux d’être là. Mais nous pouvons aménager comme nous le voulons notre temps de déjeuner, ce qui nous permet de nous dépayser avant de retourner travailler (par exemple en faisant du sport) et surtout, nous faisons tous deux comme bon nous semble : pas de comptes à rendre tant que le travail est fait (et bien fait, sinon les procédures de licenciement sont assez expéditives, comme nous avons pu le constater ces derniers temps… philosophie anglo-saxonne oblige). En outre, il paraît que nous sommes les traducteurs les mieux payés après ceux des organisations internationales. Autant d’avantages que nous apprécions et qui nous dissuadent d’essayer d’autres secteurs, tels que les machines-outils ou les logiciels (sans doute fascinants par ailleurs).

Que dire d’autre ? Pour être traducteur financier, dans une boîte anglo-saxonne comme la nôtre (sur laquelle plane comme un strato-cumulus l’aura des grandes banques suisses), il faut : un bon caractère (soupe au lait s’abstenir), un sens de l’humour exagéré (pour ne pas se vexer à la première remarque), des doigts en pleine forme (préparation au piano conseillée), un cerveau bien clair (attention aux sorties en semaine, on ne le répétera jamais assez) et, tout de même, un certain intérêt pour le sujet (nous, c’est la Bourse, qui rythme avec une extraordinaire autorité la vie des différents acteurs d’une salle des marchés, et l’on a vraiment l’impression que l’humeur des analystes et autres vendeurs varie en fonction des hausses et des baisses du fameux CAC 40). Sachez enfin que vous aurez la chance de travailler les jours fériés, mais de déguster un somptueux plateau-repas livré par la sandwicherie du coin aux frais de la boîte… L’un des nombreux contrastes de ce métier, finalement plein de charme. Si nous n’avions qu’un conseil à vous donner… mens sana in corpore sano.

© Copyright 2001 - Association des Anciens Elèves de l'Ecole Supérieure d'Interprètes et de Traducteurs de l'Université de Paris - Tous droits réservés.

La traduction financière

Traducteurs financiers dans une société anglo-saxonne

Ne jamais perdre le fil : la traduction de dépêches boursières en ligne


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