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DOSSIER : la traduction financière (Octobre 2001)

 

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Ne jamais perdre le 'fil' : la traduction de dépêches boursières en ligne

Article de Jean-Philippe Riby, responsable du Service français, Dow Jones Newswire, Paris. 

La présence d’actualités boursières, fournies par des agences de presse spécialisées, sur les sites Internet des banques ou des courtiers en ligne ne cesse de croître. Ces agences qui, naguère, s’adressaient essentiellement aux médias et aux milieux financiers, diffusent désormais des nouvelles destinées à un public plus large, allant du simple particulier au professionnel averti. La langue véhiculaire n’est plus seulement l’anglais. L’une des premières agences mondiales, Dow Jones Newswires, qui produit chaque jour plusieurs milliers de dépêches, traduit par exemple certains "flux" (ensemble de nouvelles d’un même type) en français, en allemand, en italien, en espagnol, en chinois et en indonésien.

Dans une agence de presse financière, les informations sont puisées à la source et le travail effectué en toute indépendance. Tandis que des reporters se rendent sur le terrain, aux assemblées générales, aux conférences de presse ou à diverses manifestations, des journalistes traquent les variations de cours sur leurs écrans, interrogent analystes, stratégistes, économistes et autres spécialistes. Les informations sont dûment recoupées, vérifiées et validées avant d’être mises sur le " fil ", entendez diffusées et envoyées aux différents clients et partenaires de l’agence.

Les traducteurs (et traductrices) de dépêches boursières interviennent entre la mise sur le fil en anglais et la diffusion sur Internet en français à l’attention des courtiers en ligne ou des établissements financiers, qui destinent l’information à leurs propres clients. En tant que salariés d’une agence de presse, rattachés à la convention collective nationale des journalistes, les rédacteurs-traducteurs sont assimilés, en France, aux journalistes professionnels, comme le confirme du reste, l’article L. 761-2 du Code du travail. Dans la pratique, les traducteurs ont quelque difficulté à apparaître comme tels. Et pourtant ! Combien de fois par jour, ne font-ils pas œuvre de journalisme ? Sans cesse, ils doivent remonter à la source, recouper les informations, vérifier la manière dont celles-ci sont présentées en français dans la presse ou sur les sites Internet les plus divers, s’assurer que la formulation choisie est la plus pertinente. De ce point de vue, le traducteur de presse est un journaliste, dépendant du rédacteur d’origine, certes, mais qui fait œuvre de création, tout comme le traducteur d’édition est un auteur, bien que subordonné à l’auteur qu’il traduit.

Chargé depuis bientôt un an de participer à la mise en place puis à l’encadrement d’une équipe de traduction au sein de l’agence américaine Dow Jones Newswires à Paris, j’ai pu apprécier le changement par rapport aux vingt années précédentes au cours desquelles j’avais exercé le métier de traducteur en libéral. Tout avait de quoi séduire : travail en équipe, contacts, constance de la charge de travail, recherche terminologique et documentaire. Le nom même de l’agence est empreint d’histoire boursière, sans parler de cette notion de " fil " (newswire), qui décidément tient lieu de fil rouge, c’est le cas de le dire. Les tâches qui m’ont été assignées consistent pour l’essentiel à réviser chaque jour une centaine de dépêches traduites, à stimuler une petite équipe déjà parfaitement rodée, soucieuse de la qualité et animée d’un sens aigu du professionnalisme, à créer les ressources documentaires et terminologiques adéquates et à garantir la bonne marche du service.

Le flux de dépêches que nous traduisons, connu sous le nom de DJ Bourse, se limite pour l’instant aux marchés d’actions européens et fournit des analyses sur l’impact des plus importantes nouvelles du jour sur les différentes places financières en Europe, d’où nous recevons les dépêches. Nous échappons donc à la complexité des marchés obligataires, des marchés des changes et surtout des marchés à terme. Straps, strips, swaps et switches ne font pas partie de notre vocabulaire quotidien ! En revanche, nous devons suivre de près l’actualité des entreprises (émissions, stratégies, OPA, annonces, etc.) et bien comprendre l’analyse financière ou le fonctionnement de la Bourse. Rien de plus passionnant que de découvrir des notions insoupçonnées dans les domaines les plus divers : protéomique, génomique, ingénierie pétrolière, recyclage, téléphone mobile, semi-conducteurs, externalisation, techniques comptables, que sais-je encore. C’est en effet l’ensemble des activités humaines, techniques et économiques que nous retrouvons au travers des dépêches financières.

Le quotidien n’est sans doute pas aussi rose, me direz-vous. Et vous aurez raison. Le flot de dépêches a parfois de quoi donner le tournis. Matérialisé par l’arrivée incessante de dépêches (fil anglais) sur un écran, il agit comme un aiguillon, nous forçant à adopter un rythme rapide mais qui ne doit jamais sacrifier la qualité, d’où une tension indéniable.

Tandis que les dépêches (snippets) affluent sur un écran, nous traduisons ou révisons sur un autre poste, avant de diffuser l’information sur Internet (fil français). A tout moment, il faut faire (très) vite et (très) bien. Célérité et qualité doivent pour une fois rimer. L’erreur pourrait être lourde de conséquences. La COB aurait en effet engagé une quinzaine de personnes, récemment, pour mieux contrôler les informations mises en ligne sur Internet. L’intensité du travail apporte néanmoins une plus forte cohésion de l’équipe. Chacun sait parfaitement qu’il ne faut jamais perdre le fil.

La seconde contrainte réside dans la nature même des dépêches. Avec leur forme condensée, leur contenu très allusif et une syntaxe parfois délicate à interpréter, ces textes nous plongent parfois dans l’embarras, tout comme les anglophones, du reste. La clarté étant nécessaire, il nous faut souvent clarifier le message, expliciter certains termes et rendre quelques constructions plus digestes. Mais ne sommes-nous pas aussi journalistes, sinon dans la formation, du moins dans l’esprit ?

La voie de la traduction boursière en ligne est-elle réservée aux VTT (vaillants traducteurs téméraires) et aux VTC (vrais traducteurs chevronnés) ? Sans doute pas. La prudence s’impose. L’expérience, quant à elle, n’est pas un atout majeur. Une solide formation d’école ou d’université et un goût prononcé pour l’information économique et financière peuvent suffire. L’essentiel est bien entendu de ne jamais perdre le fil.

Le texte de l’article ci-dessus, écrit à titre personnel, n’engage que son auteur

© Copyright - Jean-Philippe Riby.

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Traducteurs financiers dans une société anglo-saxonne

Ne jamais perdre le fil : la traduction de dépêches boursières en ligne


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